2024/2847 du 23 octobre 2024 (Cyber Resilience Act), art. 14 — obligations de signalement du fabricant : alerte précoce à 24 h, notification à 72 h, rapport final à 14 jours (vulnérabilité) ou 1 mois (incident grave)art. 3, pt 42 (vulnérabilité activement exploitée) et art. 3, pt 44 (incident grave) ; critères de gravité à l'art. 14, § 5 ; CSIRT compétent à l'art. 14, § 7Art. 15 — signalement volontaire, ouvert à toute personne physique ou moraleArt. 16 — plateforme unique de signalement gérée par l'ENISA ; art. 16, § 2 — report exceptionnel de la diffusion, précisé par le règlement délégué (UE) 2026/881Annexe I, partie II — gestion des vulnérabilités : SBOM, politique de divulgation coordonnée, point de contact publicArt. 64 — sanctions : jusqu'à 15 M€ ou 2,5 % du chiffre d'affaires annuel mondialArt. 71 — application différenciée : chapitre IV en juin 2026, article 14 le 11 septembre 2026, reste du règlement le 11 décembre 20272025/2392 — catégories de produits importants et critiquesIl ne s'agit pas d'un contentieux mais d'une échéance, et elle tombe dans dix-sept jours. L'ANSSI, dirigée par Vincent Strubel, publie un calendrier sans ambiguïté : juin 2026 – décembre 2026 pour l'accréditation et la notification des organismes d'évaluation de la conformité, septembre 2026 pour l'entrée en vigueur des obligations de signalement, décembre 2027 pour l'application pleine et entière.
Le 11 septembre 2026, la plateforme unique de signalement (Single Reporting Platform) opérée par l'ENISA devient opérationnelle. Le fabricant y dépose une notification unique, automatiquement relayée au CSIRT coordinateur de son pays d'établissement — le CERT-FR de l'ANSSI pour la France —, aux CSIRT des autres États où le produit est disponible, et à l'ENISA. Les CSIRT en partagent ensuite une partie avec les autorités de surveillance du marché : en France, l'ANFR, appuyée techniquement par l'ANSSI.
Le périmètre est volontairement banal : selon l'ANSSI, la catégorie « par défaut » couvre « tous les produits comportant des éléments numériques », brosses à dents électriques, smartphones et ordinateurs compris ; les systèmes d'exploitation, routeurs, navigateurs et gestionnaires de mots de passe relèvent des produits importants de classe I ; hyperviseurs, pare-feu, IDS/IPS et microprocesseurs tamper resistant de la classe II ; HSM, cartes à puce et passerelles de compteurs intelligents des produits critiques.
L'agence a par ailleurs rappelé, dans son actualité du 21 juillet 2026 sur le processus de notification des organismes notifiés, que la conformité ne dépend pas de la disponibilité des normes harmonisées : leur usage reste volontaire et ne vaut que présomption de conformité.
Le CRA déplace le point de bascule juridique. Jusqu'ici, l'obligation de notifier en 72 heures pesait sur celui qui subissait la fuite (article 33 du RGPD) ou sur l'entité essentielle et importante au titre de NIS 2. Ici, c'est l'éditeur du code qui doit parler, y compris lorsque ses clients n'ont rien remarqué, et le délai est ramené à 24 heures — un ordre de grandeur qui n'est plus compatible avec un arbitrage manuel entre juridique, communication et ingénierie.
Pour qui audite ou automatise, l'obligation se traduit en artefacts vérifiables : capacité à établir la « preuve fiable » d'une exploitation réelle (télémétrie, journaux, IOC) et non un simple risque théorique ; SBOM à jour permettant de savoir en quelques minutes si une dépendance vulnérable est présente dans quelles versions ; politique de divulgation coordonnée réellement publiée et joignable, typiquement via un fichier security.txt ; procédure de notification testée à blanc, avec un titulaire et un suppléant, puisque le chronomètre part de la prise de connaissance et non de la découverte du correctif.
Le point le plus délicat pour un chercheur est l'asymétrie qu'installe l'article 3, point 42 : la même faille, testée avec autorisation, n'est pas notifiable ; exploitée par un tiers malveillant, elle l'est en 24 heures. La qualification dépend donc moins de la vulnérabilité que de la qualité de la preuve d'exploitation — et cette preuve, ce sont les journaux du fabricant qui la portent.