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Droit Vivant · Droit du numérique / libertés · 26 juillet 2026

Laure Miller a fait interdire TikTok aux moins de 15 ans : la loi ne pourra pas s'appliquer à la rentrée

Principe-clé : le législateur national peut affirmer l'interdiction d'un service numérique aux mineurs, mais ne peut en organiser seul la mise en œuvre technique dès lors que le contrôle des plateformes relève du régime d'harmonisation du DSA — au risque de produire une loi sans dispositif d'application, en plus de s'exposer à une censure du Conseil constitutionnel.

Textes de référence

  • Art. 6-9 (nouveau) — loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN) : « L'accès à un service de réseaux sociaux en ligne fourni par une plateforme en ligne est interdit aux mineurs de quinze ans. »
  • Règlement (UE) 2022/2065 (DSA), chapitre IV — pouvoirs de contrôle et de coordination des autorités nationales, dont l'Arcom pour la France.
  • Art. 11, DDHC de 1789 — liberté de communication des pensées et des opinions, invoquée par les députés saisissants.
  • Art. 61 § 2, Constitution du 4 octobre 1958 — saisine a priori du Conseil constitutionnel par soixante députés ou sénateurs.

L'affaire

Le 21 juillet 2026, l'Assemblée nationale (279 voix pour, 81 contre) puis le Sénat ont adopté définitivement la proposition de loi de la députée Laure Miller (Ensemble pour la République) interdisant l'accès aux réseaux sociaux en ligne — TikTok, Instagram, Snapchat ou Facebook — aux mineurs de moins de quinze ans, sous le contrôle de l'Arcom. Mais le texte issu de l'accord en commission mixte paritaire du 20 juillet a abandonné le mécanisme de « liste noire » voté par le Sénat sur proposition de sa rapporteure Catherine Morin-Desailly : il se limite désormais à une affirmation de principe, sans dispositif de vérification d'âge ni sanction organisée en cas de manquement d'un mineur.

Le 23 juillet, plus de soixante députés — dont le groupe La France Insoumise, qui l'a revendiqué publiquement le lendemain — ont saisi le Conseil constitutionnel sur le fondement de l'article 61 § 2 de la Constitution, invoquant une atteinte disproportionnée à la vie privée et à la liberté de communication. La promulgation, déjà repoussée par l'avis circonstancié notifié par la Commission européenne le 6 juillet 2026 dans le cadre de la procédure de notification technique TRIS, est désormais suspendue dans l'attente de la décision des Sages, attendue sous un mois.

Pourquoi c'est important

Au-delà du symbole — la France se veut le premier État membre de l'UE à instaurer une telle « majorité numérique » — l'épisode illustre la difficulté structurelle d'un droit national à contraindre des plateformes régulées au niveau européen : toute obligation technique de contrôle d'âge imposée aux réseaux sociaux empièterait sur la compétence exclusive que le DSA réserve à la Commission et aux coordinateurs nationaux comme l'Arcom. Pour qui s'intéresse aux architectures de conformité, le dossier pose aussi une vraie question de sécurité : les mécanismes de vérification d'âge envisagés ailleurs (pièce d'identité, estimation faciale, tiers de confiance) créent une nouvelle surface d'attaque — bases de données d'identité centralisées, contournement par VPN ou par usurpation documentaire — que la future solution technique, si elle voit le jour, devra neutraliser.

Mini-glossaire

DSA (Digital Services Act)
Règlement (UE) 2022/2065 fixant un cadre harmonisé de responsabilité et de contrôle des plateformes en ligne dans l'UE, dont l'application relève des coordinateurs nationaux (l'Arcom en France) sous supervision de la Commission.
Procédure TRIS
Mécanisme de notification préalable à la Commission européenne (directive (UE) 2015/1535) des projets de règles techniques nationales relatives aux services de la société de l'information, assorti d'un délai de statu quo avant adoption définitive.
Saisine a priori
Recours porté devant le Conseil constitutionnel avant la promulgation d'une loi, par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des chambres ou soixante députés ou sénateurs (art. 61 Constitution), qui suspend la promulgation.
Commission mixte paritaire (CMP)
Commission de sept députés et sept sénateurs chargée de proposer un texte de compromis lorsque l'Assemblée nationale et le Sénat n'ont pas adopté un texte identique après deux lectures.