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Droit Vivant · Droit du numérique / cybercriminalité · 15 juillet 2026

Il avait les codes admin de toute la messagerie de l'entreprise : la Cour de cassation l'a quand même condamné pour piratage

Principe-clé : avoir un accès technique légitime à un système informatique ne protège pas d'une condamnation pénale si cet accès est utilisé à des fins étrangères à sa mission — c'est le délit de maintien frauduleux dans un système de traitement automatisé de données (STAD), article 323-1 du code pénal.

Textes de référence

  • Art. 323-1, code pénal — accès ou maintien frauduleux dans un STAD : 3 ans d'emprisonnement et 100 000 € d'amende ; 5 ans et 150 000 € si suppression, modification de données ou altération du fonctionnement du système.
  • Art. 323-3, code pénal — introduction, suppression ou modification frauduleuse de données dans un STAD.
  • Arrêt attaqué : cour d'appel de Versailles, 9e chambre, 2 mai 2024 (condamnation initiale à 3 mois d'emprisonnement avec sursis).

L'affaire

Un salarié, administrateur du réseau informatique de son entreprise, disposait par ses fonctions d'un droit général d'accès à la messagerie de tous les employés, y compris pour des missions de sécurité et de maintenance. Il a utilisé cet accès pour consulter en secret la messagerie de son supérieur hiérarchique, décoder son mot de passe, le remplacer par le sien, et mettre en place un renvoi automatique des e-mails professionnels vers sa propre adresse — à l'insu du titulaire du compte et sans lien avec sa mission technique.

Condamné en appel à trois mois de prison avec sursis, il s'est pourvu en cassation en soutenant que son accès était de toute façon autorisé. La chambre criminelle de la Cour de cassation, le 2 septembre 2025 (pourvoi n° 24-83.605, publié au Bulletin), a rejeté le pourvoi : disposer d'un droit d'accès général en tant qu'administrateur ne couvre pas un usage détourné de sa finalité — le maintien dans le système est frauduleux dès que la mission est dépassée.

Pourquoi c'est important

Cette décision fixe une limite que tout professionnel disposant d'accès privilégiés — administrateur système, DSI, prestataire infogérance, pentesteur en mission — doit connaître : la légitimité technique de l'accès ne vaut pas autorisation d'usage. C'est exactement la logique qui sous-tend, côté offensif, l'exigence d'une lettre de mission et de règles d'engagement précises (périmètre, finalité, durée) pour tout audit ou test d'intrusion : sortir du périmètre autorisé, même avec des identifiants valides et légitimement obtenus, fait basculer une action licite dans le champ de l'article 323-1.

Mini-glossaire

STAD (système de traitement automatisé de données)
Notion large qui couvre tout système informatique — serveur de messagerie, réseau d'entreprise, application, infrastructure cloud — protégé par les articles 323-1 et suivants du code pénal.
Maintien frauduleux
Fait de rester dans un système, y compris avec un accès initialement autorisé, en détournant cet accès de sa finalité légitime.
Pourvoi en cassation / rejet
Recours contre une décision de cour d'appel porté devant la Cour de cassation ; un rejet confirme la décision attaquée et n'examine que les points de droit, pas les faits.
Finalité de la mission
Périmètre d'usage pour lequel un accès a été accordé (maintenance, sécurité, audit) ; en sortir — même techniquement possible — peut constituer une infraction.